Afrique du Sud : Thabo Mbeki rappelle à ses concitoyens la dette envers le continent

L’ancien président sud-africain Thabo Mbeki est de nouveau monté au créneau contre la xénophobie qui frappe les migrants africains dans son pays.

Thabo Mbeki l’a redit début juillet 2026, les migrants africains ne sont pas responsables des difficultés économiques de l’Afrique du Sud. L’ancien chef de l’État affirme que ces difficultés ne peuvent être imputées aux migrants, et appelle à un réexamen des vraies responsabilités.

Cette sortie s’inscrit dans un climat très tendu. Depuis avril 2026, un mouvement appelé “March and March”, mené par l’ancienne animatrice radio Jacinta Ngobese-Zuma, a organisé de grandes manifestations à Durban, Johannesburg et Pretoria. Ces rassemblements ont dégénéré. Des bandes ont attaqué des commerces tenus par des immigrés africains, à coups de fouets pour les chasser de leurs quartiers. La situation a empiré début juin. Des groupes anti-migrants ont diffusé un avis appelant tous les migrants sans papiers à quitter le pays avant le 30 juin, sous peine de représailles collectives.

Face à cette crise, Mbeki avait déjà pris position en mai. Lors d’une conférence à la Fondation Thabo Mbeki, à Johannesburg, le 26 mai 2026, il a détaillé la contribution de nombreux pays africains à la lutte contre l’apartheid, pour rappeler à ses concitoyens cette histoire commune. Un exemple retient l’attention, celui de la Guinée. Mbeki a rappelé que sous Sékou Touré, la Guinée enseignait à tous les niveaux scolaires les méfaits de l’apartheid et la résistance panafricaine contre ce système.

Pour l’ancien président, c’est justement ce manque de mémoire qui alimente le rejet des migrants. Il estime que le gouvernement sud-africain a mal transmis à sa population les contributions du reste du continent à la libération du pays, et propose que cette histoire soit désormais enseignée dans les écoles et les universités.

Du côté du pouvoir, la réponse déçoit. Le président Cyril Ramaphosa a surtout insisté sur des mesures plus dures contre l’immigration clandestine, sans vraiment s’attaquer aux violences des groupes anti-migrants, ce que des associations de défense des droits humains lui reprochent. Les partis d’opposition, eux, soutiennent ce discours anti-immigration pour récupérer des voix, tandis que l’ANC hésite à sévir de peur de perdre son propre électorat.

Mais la société civile résiste. Le parti Economic Freedom Fighters de Julius Malema s’oppose fermement à cette vague de xénophobie. Une nouvelle coalition, la Siyafana Sonke Action Campaign, réunit déjà plus de 160 organisations pour lutter contre le phénomène.