Macky Sall n’était pas seul à rêver de ce poste. Mais il était seul sur la scène de l’ONU. Parmi les candidats qui brigent la succession d’António Guterres, il est le seul à porter le drapeau d’un continent. Cette singularité, il en a fait sa force.
L’ancien chef d’État a présenté bien plus qu’un discours de candidature : un diagnostic sur l’ONU d’aujourd’hui et une feuille de route pour celle de demain. À ses yeux, l’organisation est trop lente, trop fragmentée. Elle parle beaucoup, agit peu. Il faut, dit-il, la mettre au régime : renforcer la diplomatie préventive plutôt que de gérer les crises quand elles éclatent, simplifier les procédures paralysantes, répondre plus vite aux appels à l’aide des populations.
C’est une critique qui résonne auprès de nombreux pays frustrés par l’immobilisme du Conseil de sécurité. Et une promesse de changement qui pourrait peser.
L’Afrique au cœur de son agenda :
Macky Sall n’a pas quitté les enjeux africains des yeux. La dette du continent — cette épée de Damoclès qui pèse sur le développement — doit être réglée par une solution partagée : ni sacrifice exclusif des pays pauvres, ni générosité unilatérale des riches. Une justice économique, en somme.
Il a également ravivé une demande qu’Addis-Abeba porte depuis des décennies : l’Afrique mérite des sièges permanents au Conseil de sécurité. Pourquoi la France, la Russie et la Chine y siègent pour l’éternité, tandis qu’un continent de plus d’un milliard d’habitants reste à la porte ? C’est la question qui brûle les lèvres de nombreux dirigeants africains. Pour faire bonne mesure, Sall a annoncé que si les dés se jouaient en sa faveur, son adjointe serait une femme issue du Nord. Un geste que certains verront comme calcul politique, d’autres comme engagement envers la parité. Les deux, probablement.
Sall s’appuie sur quatre décennies d’expérience aux plus hautes fonctions. Premier ministre, président du Sénégal : il a navigué les eaux tumultueuses de la politique africaine, connu les tensions, les alliances fragiles, les crises imprévisibles. C’est ce qu’il oppose aux autres candidats : une expérience de crise, une connaissance des réalités du terrain. Mais c’est aussi là que réside son talon d’Achille.
L’ombre du passé :
Au Sénégal, sa candidature suscite des vagues. Pas de joie universelle. Des organisations de victimes pointent son bilan : entre 2021 et 2024, des violences politiques ont écorché le pays. Des morts. Des familles meurtries. Des questions sans réponse.
Comment celui qui gouvernait le Sénégal quand ces tensions éclataient peut-il prétendre à la gestion des crises internationales ? C’est l’interrogation qui suit Sall, à chaque pas. Le Conseil de sécurité aura jusqu’à l’été pour peser le pour et le contre, avant que soit annoncé officiellement le prochain patron de l’ONU. Sall affrontera d’autres concurrents. Il n’est pas favori, mais il n’est pas non plus invisible.
Ce qui est certain : il aura fait entendre la voix de l’Afrique sur la scène mondiale. Que cela suffise pour franchir le Rubicon demeure la grande question.
Djenabou Kanté







