Afrique de l’Ouest : le quotidien devient un luxe pour les ménages

Les marchés d'Abidjan, Ouagadougou, Dakar et Niamey racontent la même histoire : celle d'une inflation qui gagne du terrain. Un sac de riz coûte plus cher chaque semaine. Le litre d'essence fait trembler les budgets familiaux. Et au bout du compte, les assiettes se vident.
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Pour des millions de Ouest-Africains, le combat contre l’inflation est devenu quotidien. Aux caisses des marchés, dans les transports en commun, à table le soir : partout, les prix grimpent. Et avec eux, les arbitrages difficiles. Moins de viande. Moins de fruits. Certains foyers ont abandonné l’œuf, trop cher. D’autres font les comptes chaque matin avant d’aller faire leurs courses.

Les racines d’une crise sans fin :

Cette crise n’est pas née d’hier, et elle n’est pas le fruit du hasard. L’Afrique de l’Ouest ne produit pas ce qu’elle consomme. Le riz vient d’Asie. Le blé vient d’ailleurs. Chaque kilo doit traverser l’océan, être transporté par route sur des milliers de kilomètres. À chaque étape, le prix monte.

Ajoutez à cela la facture énergétique : le carburant donne le ton des prix. Quand le pétrole devient plus cher, tout devient plus cher. Les devises locales faiblissent face au dollar, ce qui renchérit encore davantage les importations. Et puis il y a le climat, imprévisible et hostile : sécheresses qui détruisent les récoltes, inondations qui dévastent les champs. La production locale s’effondre juste quand le besoin se fait plus urgent.

Sur fond de tensions géopolitiques mondiales, les marchés régionaux sont pris en étau. C’est un système qui joue contre les populations.

Quand la faim devient un calcul budgétaire :

Les statistiques cachent une réalité plus crue. Dans les maisons, les familles font des choix qu’elles ne devraient pas avoir à faire. Un enfant saute le petit-déjeuner. Une mère repousse sa consultation médicale, ce transport est trop cher. Des parents renoncent à envoyer les plus jeunes à l’école pour qu’ils ne dépensent pas en transport.

Le pouvoir d’achat ne régresse pas, il s’effondre. Et avec lui, la malnutrition remonte. L’accès aux soins devient un luxe. L’éducation des enfants se fragilise.

Des pansements sur une plaie béante :

Les gouvernements ne restent pas inactifs. Subventions sur le carburant, prix plafonnés sur le riz : ils essaient de juguler l’hémorragie. Mais ces mesures sont comme des pansements sur une plaie qui s’aggrave. Elles coûtent cher aux trésoreries publiques, souvent déjà exsangues. Et elles ne s’attaquent jamais à la vraie maladie.

Les analystes pointent l’évidence : il faut produire localement. Transformer les terres sahéliennes en greniers qui nourrissent la région, pas des espaces de transit pour des importations. Investir dans l’agriculture, dans les routes, dans les réseaux de distribution. Arrêter de dépendre de l’extérieur pour les besoins de base.

C’est un chantier de long terme, et il coûte cher. Plus cher, pour l’instant, que les subventions d’urgence. Mais c’est le seul chemin qui mène vers une vraie solution.

En attendant, l’Afrique de l’Ouest apprend à vivre avec moins. Et cette leçon, elle la paye très cher.

Djenabou Kanté