Des influenceurs africains au service de la propagande du gouvernement Netanyahou

Depuis quelques années, Israël invite des influenceurs étrangers à découvrir le pays pour changer la perception que le monde a de lui. Des créateurs de contenu francophones d’Afrique de l’Ouest, notamment un influenceur guinéen connu sous le nom de “Danger le comédien”, ont fait partie de ces voyages organisés.

L’un des temps forts de leur séjour a été une visite à l’ONG Save a Child’s Heart, qui soigne des enfants africains atteints de malformations cardiaques.

L’influenceur a publié du contenu affirmant que la réalité vécue sur place diffère de l’image véhiculée à l’extérieur d’Israël, sans mentionner le contexte plus large du conflit avec Gaza qui alimente les critiques envers le pays depuis 2023.

Cette publication n’a pas manqué de susciter des réactions contrastées dans les commentaires. Certains internautes ont dénoncé une forme de propagande, tandis que d’autres ont rappelé que de nombreuses victimes, notamment côté palestinien, restent largement passées sous silence dans ce type de contenu. Un autre commentaire, soutenu par 73 réactions, a estimé que cette stratégie d’invitation d’influenceurs vise justement à redorer une image dégradée auprès des opinions africaines. Certains internautes ont toutefois appelé à la prudence, invitant le jeune humoriste à rester sur un registre divertissant plutôt qu’à s’exprimer sur des sujets aussi sensibles.

Cette pratique porte un nom, la HASBARA, un mot hébreu signifiant “explication”. Il s’agit de la doctrine de communication de l’État hébreu à destination de l’opinion internationale. Depuis l’attaque du Hamas en octobre 2023, cette stratégie s’est largement appuyée sur des influenceurs. Dès début novembre 2023, Israël a commencé à inviter des créateurs de contenu à visiter des kibboutz dévastés par l’attaque, pour raconter l’horreur vécue et légitimer la riposte militaire à Gaza.

Cette communication est assumée par l’État israélien, mais elle est aussi critiquée. Ses détracteurs la qualifient de propagande institutionnalisée, orchestrée notamment par le ministère des Affaires étrangères, le bureau du Premier ministre et l’armée. Le dispositif s’est nettement renforcé ces derniers mois, selon une étude relayée en mai 2026, environ 40 millions de dollars ont servi à accueillir 400 délégations étrangères, parmi lesquelles des parlementaires, des pasteurs, des recteurs d’université et des influenceurs.

Cet effort de communication répond à un constat, plusieurs experts en diplomatie publique estiment que l’image d’Israël à l’étranger traverse une crise majeure depuis le début de la guerre à Gaza. Certains spécialistes soulignent toutefois qu’aucune campagne de communication, aussi bien financée soit-elle, ne peut compenser les conséquences d’une politique jugée problématique par une partie de l’opinion internationale.

Cette diplomatie par l’image soulève une question de fond : ces voyages organisés, sponsorisés ou pris en charge pour certains, donnent-ils une vision complète de la réalité du pays, ou seulement l’image qu’Israël souhaite montrer au monde ?