Sommet Africa Forward à Nairobi

La France tente de réécrire son rôle en Afrique.

Pour la première fois depuis 1973, la France réunit le continent africain en dehors de la sphère francophone. Le choix de Nairobi, capitale kenyane anglophone, envoie un message clair : Paris cherche à se réinventer en Afrique. Mais cette ambition cache une réalité moins reluisante — celle d’une influence française en déclin.

Le sommet Africa Forward, co-organisé par le Kenya et la France les 11 et 12 mai 2026, s’est déroulé en deux phases. Le premier jour a réuni plus de 1 500 acteurs économiques dans un Forum des affaires à l’Université de Nairobi, centré sur la jeunesse et l’entrepreneuriat. Le second a accueilli 28 chefs d’État africains au Kenyatta International Convention Centre pour débattre de gouvernance mondiale, de financement du développement, de paix et de sécurité.

Le chiffre clé du sommet : 23 milliards d’euros d’investissements. Emmanuel Macron a annoncé ce programme composé de 14 milliards provenant de sources françaises et 9 milliards d’acteurs africains. Les secteurs ciblés sont la transition énergétique (4,3 milliards), le numérique et l’intelligence artificielle (3,76 milliards), l’économie bleue (3,3 milliards), l’agriculture (1 milliard) et la santé (942 millions). Paris promet plus de 250 000 emplois directs.

La Déclaration de Nairobi, adoptée en clôture du sommet, rejette explicitement les modèles extractifs hérités de la colonisation. Les signataires s’engagent à transformer le continent par l’industrialisation et la production à valeur ajoutée, en plaçant la jeunesse africaine comme atout stratégique et en renforçant les écosystèmes d’éducation et d’innovation.

Mais le paradoxe central demeure : ce sommet se tient alors que la présence française en Afrique traverse sa crise la plus profonde. Depuis 2022, la France a été forcée de retirer ses troupes du Mali, du Burkina Faso et du Niger suite à des coups d’État militaires. En janvier 2025, Paris a cédé sa dernière base au Tchad, puis ses installations au Sénégal. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois piliers de la francophonie africaine — ont boycotté le sommet et rompu leurs relations diplomatiques avec la France. L’Afrique du Sud, grande puissance anglophone, brillait aussi par son absence.

Leslie Varenne, spécialiste de la défense en Afrique à l’IVERIS, y voit un repositionnement contraint plutôt qu’un élan souverain. Ce sommet n’aurait probablement jamais pu se tenir dans un pays francophone, d’où sa tenue à Nairobi, capitale d’une nation qui n’a jamais été colonie française.

Les 23 milliards d’euros constituent un message économique adressé au continent : « Regardez, nous avons toujours les moyens d’investir. Ne nous oubliez pas. » C’est une séduction économique face au repli militaire et géopolitique. Mais reste la question cruciale : ces investissements se traduiront-ils en réalisations concrètes ? L’histoire des sommets franco-africains est parsemée d’engagements grandioses restés sans suite.

Cette fois, les conditions pourraient être différentes. Une France affaiblie ne peut imposer, elle doit négocier, ce qui pourrait rendre ses engagements plus sincères. Mais le doute persiste. Les semaines et mois à venir nous diront si Nairobi a vraiment changé quelque chose, ou si ce sommet rejoindra la longue liste des promesses franco-africaines jamais tenues.