Guinée : des législatives sous haute tension, une opposition réduite au silence

À dix jours d’un double scrutin historique, la Guinée aborde ses élections législatives et communales du 31 mai 2026 dans un climat de défiance généralisée.

Cinq ans après le coup d’État du général Mamadi Doumbouya qui avait renversé dev l’ex président de la guinéen Pr Alpha Condé, ce double scrutin est censé clore la période de transition et doter enfin le pays d’institutions représentatives.  Mais l’ambiance électorale est loin de celle d’une démocratie apaisée.

Dans un premier temps prévues pour le 24 mai 2026, ces élections ont été officiellement reportées au 31 mai par décret présidentiel, sans que les autorités ne fournissent une justification claires et précise. Un glissement de calendrier qui, conjugué à un contexte politique délétère, a achevé de plomber l’enthousiasme. Car si le pouvoir a déployé d’importants moyens pour la campagne, celle-ci se déroule dans un vide politique saisissant.

Dans la nuit du 6 au 7 mars 2026, le gouvernement guinéen a annoncé la dissolution de quarante partis politiques, parmi lesquels figuraient les principales formations du pays : l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) de l’ancien président Alpha Condé et l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré.  Le ministère de l’Administration du territoire a justifié cette mesure par des « manquements à leurs obligations légales ». Une explication que l’opposition a immédiatement rejetée.

Pour Ibrahima Diallo, responsable du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), cette dissolution n’est que la suite logique d’un agenda de confiscation du pouvoir. « La junte a une ligne directrice qui consiste à gérer le pays de façon unilatérale », a-t-il déclaré, estimant que l’objectif réel des autorités est de « supprimer toutes les voix opposées ». 

Dans ce contexte d’étranglement progressif du pluralisme politique, les quelques formations encore en lice ont elles aussi failli se retirer. Le Front démocratique de Guinée (FRONDEG) d’Abdoulaye Yéro Baldé a dénoncé des « dysfonctionnements structurels graves » susceptibles de compromettre la transparence du scrutin, citant notamment le rejet massif de ses candidatures dans plusieurs localités notamment Ratoma, Matam, Lambanyi et Kankan, sans notification officielle ni justification légale.  Finalement, le 11 mai 2026, le FRONDEG a renoncé au boycott et réintégré la course électorale, après plusieurs semaines de bras de fer autour des conditions d’organisation du scrutin. 

Le parti du président Doumbouya, Génération pour la modernité et le développement, se retrouve ainsi en position de favori incontesté pour ces législatives, dans un paysage politique dont les voix les plus influentes ont été réduites au silence ou contraintes à l’exil. Les élections communales, quant à elles, doivent permettre de pourvoir les sièges de conseillers dans les 342 mairies du pays les dernières élections locales remontant à 2018. 

À onze jours du vote, la Guinée se trouve ainsi à un carrefour, celui d’un retour à l’ordre constitutionnel tant promis, mais dont les conditions d’organisation soulèvent de profondes interrogations sur la réalité du pluralisme politique en Guinée .