L’Organisation Mondiale de la Santé déclare l’urgence internationale.
21 mai 2026
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Ce que l’on craignait depuis des semaines est désormais une réalité. La République démocratique du Congo fait face à une nouvelle flambée du virus Ebola, partie de la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays, et qui a déjà franchi les frontières nationales. Le 17 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré l’épidémie « urgence de santé publique de portée internationale », tout en précisant qu’elle ne répond pas encore aux critères d’une pandémie mondiale.
Le premier cas suspect remonte au 24 avril 2026, un homme qui a commencé à présenter des symptômes avant de décéder trois jours plus tard. L’OMS n’a été alertée que le 5 mai, et les premiers tests ont d’abord rendu des résultats négatifs parce qu’ils ne détectaient que la souche Zaïre d’Ebola, et non la souche Bundibugyo, finalement confirmée le 14 mai. Ce retard dans l’identification du variant a permis à l’épidémie de se propager encore plus dans le pays, avant même d’être officiellement déclarée.
Au 19 mai 2026, le ministre congolais de la Santé faisait état de 131 décès et 513 cas suspects, contre 91 décès et 350 cas suspects recensés quelques jours plus tôt seulement. Une progression fulgurante qui a conduit le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à se dire « profondément préoccupé par l’ampleur et la rapidité » de la propagation.
La nature même de cette souche aggrave la situation. Le variant Bundibugyo présente un taux de létalité moyen d’environ 50 %, et ne dispose d’aucun vaccin ni traitement homologué, contrairement à la souche Zaïre, responsable de la plupart des précédentes épidémies. Le contexte géographique n’arrange rien l’épicentre se situe dans une région aurifère où d’intenses mouvements de population liés à l’activité minière ont lieu quotidiennement, dans une province en proie à des violences armées dont les combats se sont considérablement aggravés depuis fin 2025.
L’épidémie a rapidement débordé au-delà de l’Ituri. Deux cas confirmés ont été détectés à Kampala, en Ouganda, chez des voyageurs en provenance de la RDC, dont l’un est décédé. Un cas positif a également été confirmé à Goma, grande ville de l’est du pays sous contrôle du groupe armé M23, après qu’une femme infectée s’y soit rendue depuis l’Ituri. Face à la saturation des hôpitaux de Bunia, capitale de l’Ituri, des hôpitaux de campagne ont été mis en place dès le 18 mai.
L’OMS a fermement déconseillé aux États de fermer leurs frontières ou d’imposer des restrictions aux voyages, jugeant de telles mesures sans fondement scientifique et susceptibles d’aggraver la propagation en détournant les flux vers des points de passage non contrôlés. Une coordination régionale d’urgence a été engagée avec les autorités de RDC, d’Ouganda et du Soudan du Sud.
Il s’agit de la 17e épidémie d’Ebola enregistrée en RDC depuis la découverte du virus en 1976. La plus meurtrière dans ce pays avait sévi entre 2018 et 2020, durant près de deux ans dans le Nord-Kivu et l’Ituri, faisant 2 299 morts avant d’être jugulée grâce à une vaste campagne de vaccination ayant touché plus de 300 000 personnes. Cette fois, l’absence de vaccin disponible contre la souche Bundibugyo rend la riposte bien plus incertaine.